Portraits climatiques

De Resilience Territoire


Améliorer le confort de vie en ville par l’atténuation des effets des îlots de chaleur urbains dans les opérations de renouvellement


Description : Ce projet a pour objectif de renforcer la prise en compte des enjeux climatiques (climat local et micro-climat urbain) dans la conception urbaine en s’appuyant sur la question des îlots de chaleur urbains (ICU, Oke, 1973), défi D identifié dans l’appel à Commun. Ce projet décentre ainsi la question des îlots de chaleur urbain de sa perspective strictement énergétique (comment consommer moins d'énergie en ville (De Munck et al., 2018) ? Comment réduire les émissions de GES ?) pour se concentrer sur l'enjeu du confort en ville dans des contextes d'intensification et régénération urbaines. Ce projet se situe donc à l’articulation entre enjeux climatiques, sociaux et urbains.

En effet, l’objet de cet l'appel à Commun concerne la mise en place d’un dispositif homogène de collecte et d’analyse statistique, spatiale et urbaine de données aux échelles urbaines et intra-urbaines entre trois agglomérations, en vue de sélectionner avec les collectivités partenaires des sites à la fois comparables du point de vue de la typologie internationale des Local Climate Zone (LCZ, Stewart et Oke, 2012) et pertinents pour les enjeux de renouvellement urbain des collectivités.

Le projet propose de se concentrer sur la classe LCZ 8, “Large low-rise” , correspondant aux zones d’activités et commerciales qui s’avère être porteuse d’enjeux à la fois pour les ICU et pour les collectivités locales.

A partir de cette approche, le Commun “Portraits Climatiques” propose un cadre méthodologique général, ouvert et partagé entre les acteurs de l'aménagement pour la conduite et l'évaluation d'opérations de renouvellement des zones économiques et commerciales visant à atténuer l’effet d’ICU.

Dans cette perspective, si plusieurs démarches et méthodes existent déjà, particulièrement dans la mesure scientifique de l’enjeu et dans les possibles stratégies d’atténuation (projet MaPUCE par exemple, Bocher et al., 2018), certains champs sont encore à compléter, notamment, du point de vue scientifique :

  • Conduire une collecte de données d'îlots de chaleur urbains fondée sur des situations urbaines réelles et non modélisées a priori pour construire une méthodologie documenter dans une approche critique et située la typologie des LCZ. En effet, les caractéristiques associées à une même classe LCZ peuvent fortement varier dans des contextes urbains où le contexte local (topographie, présence d’un cours d’eau, effet côtier,...) influence fortement le climat urbain, comme dans le cas de la ville de Nice, et donc aussi son cadre de vie.
  • Lier les enjeux d'îlot de chaleur urbains à l’échelle de l’agglomération aux études à l'échelle des quartiers fondées sur des mesures fines des îlots de chaleur urbains. La comparabilité des dispositifs de collecte de données à l’échelle de l’agglomération et des sites retenus pour l’analyse garantit la possibilité de suivre dans le temps les effets réels des opérations urbaines sur les ICU dans les espaces choisis mais aussi de dupliquer la démarche dans d'autres contextes urbains.

Ainsi, la constitution de données spécifiques pour la conduite de ce projet concernant les ICU à l’échelle intra-urbaine (homogénéisation des modes de collecte, des modes d’analyses statistiques, mobilisation des données existantes et compléments des manques) participera-t-elle à alimenter le corpus scientifique de données et de cas d’observation des ICU, et permettra d’outiller les territoires avec des dispositifs de suivi et d’analyse comparables et reproductibles.

du point de vue des politiques urbaines et du cadre de vie en ville, ce projet permettra de :

  • formuler des stratégies d’adaptation pour maintenir et améliorer durablement le confort de vie en ville à l’échelle du piéton tout en favorisant le renouvellement urbain, et donc une plus grande intensité urbaine (Steeneveld et al., 2011),
  • dans le cadre de futures opérations de renouvellement urbain, donner la possibilité aux collectivités de piloter d’évaluer les effets de la mise en œuvre des solutions urbaines, paysagères et architecturales par rapport au climat local et aux ICU en s'appuyant sur une collecte de données en situation réelle.

Or, si de nombreux projets de conception urbaine se saisissent déjà de cet enjeu des ICU, les méthodes sont encore fragmentées et peu partagées entre acteurs du marché, compliquant le pilotage et le partage d'expériences pour les collectivités et acteurs de l'aménagement.

La démarche proposée est innovante à plusieurs titres:

  • Elle engage plusieurs acteurs de nature différentes (laboratoire de recherche, agence privée, collectivités etc.),
  • Si les outils de l'urbanisme réglementaire pour limiter les effets d'ICU ont été déjà documentés et diffusés notamment dans le cadre du projet MaPUCE (Masson et al., 2018), ce projet de Commun complète un manque de partage de ressources et de méthodologie dans le champ de la conception urbaine,
  • Elle pose au cœur de sa démarche un objectif important des collectivités d’articuler une plus grande intensité urbaine et une ville plus fraîche et plus agréable,
  • Elle partage son protocole de recherche et ses résultats dans une logique de Commun via la publication de Portraits Climatiques.

Trois villes au climat contrasté et ayant chacune un laboratoire de climatologie urbaine ont été retenues pour mener à terme ce projet : Dijon, Nice et Rennes. L’existence de ces laboratoires permet de capitaliser sur le corpus de données et de dispositifs existants. Le réseau de Nice est encore à construire. Nice constitue malgré tout une agglomération intéressante à ajouter à ce projet par la dégradation forte de ses enjeux de confort thermique, représentative des villes de l’arc méditerranéen (Martin, 2020).

De plus, ce projet de Commun bénéficie des partenariats robustes entre les laboratoires et les collectivités locales. Ces partenariats permettront d’engager un véritable travail de concertation avec elles dans le choix des sites pour conduire des analyses fines d’ICU. Enfin, ce projet réunit ces trois laboratoires ainsi qu’une agence d’architecture, d'urbanisme et de paysage, Arte Charpentier Architectes, et potentiellement d’autres partenaires et contributeurs, afin de produire un cahier méthodologique de Portraits Climatiques qui permettent à la fois de restituer :

  • le protocole de recherche en vue de pouvoir le reproduire ;
  • les résultats du diagnostic croisé et multi-scalaire entre enjeux urbanistiques et climatiques des territoires ;
  • les principes urbains, paysagers et architecturaux à développer dans les trois projets de renouvellement urbain en vue d’atténuer les effets d'ICU. Plus généralement, ces principes serviront aussi de boîte à outils pour les acteurs de l'aménagement du territoire (collectivité, promoteur, architecte, particulier…).

Organisations utilisatrice ou intéressée par utiliser la ressource : Arte Charpentier Architectes, LETG-Rennes, UMR-ESPACE Nice, Centre de Recherches de Climatologie, Biogéosciences, Dijon

Contributeurs : Georgina andre

Défi auquel répond la ressource :

Autre commun proche : Guide "La rue commune", Local Climate Zone, Projet MApUCE

Richesse recherchée : Financement, Conseil Expertise

Compétences recherchée : Général/Modèles, Général/Approches, Vulnérabilités/Ecosystémique, Vulnérabilités/Sociale, Facteurs de résilience/Instruments, Facteurs de résilience/Urbanisme, Anticipation/Indicateur, Regénération/Reconstruction, Regénération/Fiabilisation

Communauté d'intérêt :

Type de licence ? Creative Commons

Niveau de développement : Idée

Cloud / Fichiers :

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Tags :

Catégories : Données, Connaissance

Thème : Général/Modèles, Général/Approches, Général/Enjeux, Vulnérabilités/Sociale, Vulnérabilités/Energétique, Facteurs de résilience/Gouvernance, Facteurs de résilience/Infrastructure, Facteurs de résilience/Instruments, Facteurs de résilience/Urbanisme, Anticipation/Veille, Anticipation/Indicateur, Anticipation/Prospective, Regénération/Fiabilisation

Candidat Appel à Communs : candidat 18 Juin

Référent ADEME : Benjaminj, Elodie

Référent du commun : Georgina andre


Les 5 parties ci dessous sont à remplir obligatoirement pour analyser le commun et vous conseiller

Candidat Appel à Communs : candidat 18 Juin

Montant Aide souhaitée (en Euro) à l'Appel à Communs Résilience : 100000

1.Détails du Financement :

Le budget global du projet est de 226 176 euros.

La demande de financement couvre à la fois :

  • le temps passé des différents experts mobilisés,
  • les acquisitions et compléments nécessaires de matériels et données pour la mise en place et la conduite d’un dispositif homogène de collecte de données à chacune des échelles considérées entre les trois collectivités,
  • les frais des déplacements pour la tenue des ateliers de concertation avec les collectivités et la conduite de terrains sur les sites d’étude,
  • l'édition d'une publication pédagogique, objet du commun, destinée à un large public en format numérique.

Le budget, détaillé par poste, phase, activité, contributeur (y compris le nombre de jours passés estimés) et la part en demande de financement et en co-financement est joint. Il constitue la première contribution du projet de Commun en partageant la méthodologie et son financement envisagés. Ce budget ne prend pas en compte les questions éventuelles de taxes (TVA...).

Fichier:ICU planning-budget 210618.pdf

Suivant ce projet de Commun, le dialogue se poursuivra avec les collectivités partenaires sur l'opportunité de mener des expérimentations de conception et d'aménagement urbains sur les sites identifiés comme stratégiques pour le renouvellement et le rafraîchissement urbains. Le dispositif de collecte et suivi mis en place pourra permettre notamment l'évaluation réelle du rafraîchissement urbain opéré par ces opérations de renouvellement, et donc de détailler, tester et affiner les principes qui ont été élaborés dans le cadre du projet de Commun.

2.Détails Résilience et Territoire :

Justification du défi choisi et de l'angle retenu

De la résilience climatique à la résilience sociale

L'énergie utilisée par les villes est la source majeure des rejets anthropiques de gaz à effet de serre qui sont la cause du réchauffement climatique. Cette tendance globale est accentuée, à l'échelle locale, par la formation d'îlots de chaleur urbains notamment influencés par la morphologie des villes (Oke, 1982). Ces îlots de chaleur urbains se caractérisent par des températures plus élevées dans les centres urbains qu’en périphérie ou à la campagne, notamment la nuit (Oke, 1973, 1978). Le confort thermique urbain, quantifié par exemple par l’humidex, par l’universal thermal climate index ou encore par la mean radiant temperature, se dégrade alors de plus en plus avec l’évolution climatique, surtout entre juin et septembre. Les vagues de chaleur sont plus nombreuses, plus fréquentes et plus intenses (Meehl et Tebaldi, 2004). L’urbanisation croissante, artificialisant toujours plus les espaces, rétroagit positivement sur la hausse des températures en ville en faisant baisser l’évapotranspiration des sols et de la végétation (Chapman et al., 2017 ; Kukla, Gavin et Karl, 1986 ; Sun et Al. 2019). La question du traitement des îlots de chaleur urbain et plus généralement la régulation du climat urbain est certes un enjeu stratégique pour le climat global, mais aussi pour l’amélioration du confort de vie en ville, particulièrement dans des contextes européens où le vieillissement de la population est prononcé et rend les habitants plus vulnérables aux aléas climatiques (Hidalgo et al., 2008): de nombreux travaux ont en effet démontré que le nombre de décès prématurés liés au stress thermique augmente (Besancenot, 2002 ; Fouillet et al., 2006 ; Tan et al., 2010 ; Bobb et al. 2014). Ainsi, l'amélioration du confort thermique de vie en ville est-elle avant tout un enjeu politique de résilience sociale en permettant aux populations vulnérables urbaines de s'adapter au réchauffement climatique en évitant de nouvelles lignes de stratification sociale et de précarité urbaine face aux effets du changement climatique.

A partir de la résilience sociale, repenser la résilience urbaine

En relais des orientations stratégiques générales du développement urbain et des politiques de régulation par l'urbanisme qui agissent plutôt sur la consommation énergétique urbaine, mais aussi sur la réduction des émissions de GES et les mesures de lutte contre la précarité énergétique des ménages (dépendance à l'automobile, besoin de rénovation du bâti...), la conception urbaine peut proposer des leviers clés dans l’amélioration du confort de vie pour les populations urbaines, en agissant sur des facteurs tels que la morphologie, l'exposition du bâti, les usages ou encore la végétalisation. Dans le projet de commun proposé, chacun des leviers de la conception urbaine sera considéré dans ses bénéfices ou impacts par rapport au climat urbain en menant une étude comparative de leurs effets à partir des mesures qui auront été faites. Le renouvellement des zones économiques et commerciales, espace d’expérimentation privilégié pour la résilience urbaine Ce projet souhaite repartir de la typologie internationale des LCZ en se concentrant sur une classe, la LCZ 8, “Large low-rise” , correspondant aux zones d’activités et commerciales qui s’avère être porteuse d’enjeux à la fois pour les ICU et pour les collectivités locales. Du point de vue des ICU, les LCZ 8 apparaissent comme étant très chaudes, avec des températures enregistrées comparables à celles de l’hyper centre (Richard et al., 2018). Or, du point de vue des collectivités, ces zones, autrefois espaces de relégation des tissus péri-urbains, sont aujourd’hui perçues comme des gisements de renouvellement urbain possibles à travers l'intensification et l'hybridation des fonctions. Ainsi, une proposition de Commun qui articule ces besoins de renouvellement pour promouvoir une ville plus intense et plus compacte, à l’enjeu de l’amélioration du confort thermique en ville semble particulièrement pertinente pour enrichir les déclinaisons possibles de la résilience urbaine.

Impact du Commun sur la résilience

La résilience urbaine par la mise en place d’un dispositif d’évaluation des facteurs de rafraîchissement urbain

Ce projet de Commun contribue à la mise en place d’un réseau de collecte et de traitement de données des ICU homogène entre plusieurs agglomérations et à plusieurs échelles. Ces mesures seront appliquées dans des sites à enjeux pour le programme de renouvellement urbain des collectivités. Si les opérations de renouvellement urbain prévues sont conduites et intègrent dans leurs ambitions la réduction du phénomène des ICU, ce réseau de mesures permettra alors d’évaluer et de suivre le résultat concret de ces opérations. Ce projet porte l’ambition de constituer un dispositif d’évaluation des leviers de rafraîchissement urbains fondés sur des observations de situation réelle dans des tissus urbains constitués, potentiellement reproductibles dans d’autres agglomérations et quartiers. Cette démarche d'évaluation du rafraîchissement urbain est plus fiable car elle s’intéresse au tissu urbain constitué et non à une urbanisation d’un espace vide ou d’un espace naturel, mais aussi car elle s’appuie sur la collecte de données réelles et non une modélisation.

Ce projet de Portraits Climatiques se situe alors à l'intersection de plusieurs enjeux de résilience :

  • la durabilité du développement urbain avec les grands objectifs édictés suite aux lois Grenelle de compacité urbaine, de limitation de l'étalement urbain, de mobilisation du potentiel foncier au sein des villes et donc de la nécessité de conduire des opérations de régénération urbaine pour les collectivités. Ces orientations ont été encore renforcées avec les lois ALUR et le projet de loi "Climat et résilience" (voir plus bas, section "Auto-diagnostic") ;
  • l’accompagnement des opérations de renouvellement d’un dispositif de suivi et d’évaluation de leur performance au regard de l’enjeu des ICU permettant d’identifier les leviers réels de rafraîchissement en prenant en compte les contextes climatiques locaux particuliers ;
  • la nécessité de compléter les approches d'atténuation du changement climatique (réduction des émissions de GES, réduction de la consommation énergétique urbaine) avec des approches d'adaptation locale au changement climatique ;
  • la nécessité d'une approche systémique des enjeux de résilience pour traiter, quand cela est possible, plusieurs enjeux et risques par une approche "co-bénéfice" des impacts environnementaux.

Lien et ancrage territorial : les trois agglomérations retenues pour l'étude

Les trois agglomérations retenues pour cette étude, Dijon, Nice et Rennes, fournissent à la fois le cadre et l’objet de cette étude. En tant que cadre, notre projet de commun bénéficiera du partenariat existant entre ces trois collectivités, les agences d’urbanisme le cas échéant, et les laboratoires de recherche pour mobiliser les acteurs publics dans le projet et plus particulièrement dans le choix des études de cas qui seront l’objet de possibles expérimentations suivant cet appel à commun. En tant qu’objet, le projet de commun s’appuie sur un réseau de mesures existant concernant les îlots de chaleur à Dijon (De Lapparent et al., 2015 ; Richard et al., 2017 ; 2018 et 2021) et à Rennes (reste à construire à Nice), ainsi que des études de climat local qui seront complétées par des analyses plus urbaines et spatiales du développement urbain. Ces trois villes sont aussi des cas intéressants et contrastés, représentatives en termes de climat et de topographie à une multitude d'autres métropoles françaises : en plus des principes généraux applicables à tous projets de renouvellement et rafraîchissement de zones économiques et commerciales, la situation particulière de chaque agglomération pourra alors aussi servir de base de réflexion pour des situations ou des agglomérations au climat comparable.

3.Détails Impacts environnementaux :

L'amélioration du confort de vie en ville

Bien que le fait de concevoir un projet aux échelles intra-urbaines ne modifie pas les grandes tendances climatiques et donc ne contribue pas de manière significative à la formulation de stratégie globale d’atténuation du changement climatique, le projet urbain peut malgré tout contribuer significativement à l’amélioration du confort en ville et donc aux différentes stratégies d’adaptation à l’évolution et à la spécificité du climat urbain. Or, si cette approche bioclimatique n'est pas en soi une nouveauté mais constitue bien la base des architectures et modes d'urbanisation vernaculaires, l'échelle et la rapidité du développement urbain mondial ainsi que la possibilité de mesure et d’évaluation des enjeux liés au climat urbain sont inédits. Dans cette perspective, la Covid-19 invite à un nouveau regard sur la ville dense : si l'intensification peut permettre une durabilité du développement urbain, elle doit malgré tout s'aménager pour permettre des usages souples de l'espace urbain et, si on élargit cet enjeu à la question du climat urbain, pour autoriser un rafraîchissement et une régulation thermique en ville.

Au-delà d'une approche technique des îlots de chaleur urbain

Les facteurs et leviers influençant les ICU considérés s'appuient d'abord sur des principes urbains, paysagers et architecturaux aux enjeux de climat urbain et de manière secondaire sur des solutions davantage techniques voire mécaniques qui relèvent plutôt de l'ingénierie de ville (VRD, éclairage, isolation, dispositif de ventilation mécanique...). Autrement dit, il s'agit d'engager une réflexion sur l'effet des différents éléments constitutifs du milieu urbain (la rue et ses rives, le rapport des bâtiments entre eux, l'alignement...) et de sa matérialité (revêtement, végétalisation...) dans un contexte climatique local particulier (direction des vents, topographie, sols, palette végétale locale...) sur les îlots de chaleur urbain. Ce parti pris n'est pas uniquement un parti pris de métier, relevant du type d'acteurs qui porteront directement ce projet, mais bien une proposition de privilégier des solutions "passives" reposant sur un design conscient des enjeux auxquels il souhaite répondre, aux solutions plus "actives", techniques, et parfois plus coûteuses pour la collectivité ou les particuliers. Par exemple, des initiatives aussi simples que le changement des couleurs de toitures pour du blanc, appelées « cool roof », ont permis de réduire de plus de 20 °C la température de la toiture, entraînant une diminution des besoins de climatisation (source : Le moniteur, 2016). Ce type de solutions abordables en substitution ou complément de solutions mécaniques, étayées par des analyses fines du phénomène des ICU ainsi que par une analyse urbaine et paysagère globales, pourraient alimenter les principes du "portraits climatiques".

Un projet infusant des éléments de climat local dans les solutions considérées

Partant du principe que l'étude des îlots de chaleur urbain ne peut s'effectuer hors-sol à partir uniquement de modélisation physique, cette étude s'attachera à introduire des éléments de contexte local sur les facteurs et leviers considérés : les ressources naturelles (matériaux, essences végétales) et ressources culturelles (usages, pratiques, modes de vie...). Il faut rappeler là l’intérêt de l’étude du cas de Nice, permettant de documenter une ville représentative de l'arc méditerranéen français, où la spécificité des climats urbains est peu étudiée alors que le nombre de nuits tropicales est le plus fort de France et pose d’importants enjeux sanitaires (Mora et al.; 2017). Cette tendance est aggravée par les effets du changement climatique: en effet, le bassin méditerranéen enregistre depuis plusieurs décennies une remontée en latitude de l’anticyclone subtropical ayant pour conséquence d’assécher durant l’été, encore plus longtemps qu’auparavant, toute cette région considérée comme un “hotspot” du changement climatique, c’est-à-dire une partie de la planète où l’intensité des changements climatiques est plus grande encore (IPCC, 2013). Or, près d’un tiers de la population française réside sur la bordure du littoral méditerranéen (Eurostat, 2012). Ces espaces urbains et semi-urbains concentrent alors les populations et donc les enjeux : les impacts de l’évolution climatique sur la vulnérabilité des citoyens et des biens matériels sont donc bien plus forts en raison de cette pression démographique.

Un projet orienté vers le co-bénéfice, base fondamentale d'un développement résilient et apprenant

Enfin, les impacts environnementaux ne peuvent être évalués de manière individuelle mais doivent être évalués de manière cumulée : en effet, une solution pertinente au regard des enjeux énergétiques sera peut-être défavorable au regard d'autres enjeux (production de déchet, disponibilité locale de la ressource, possibilité d'appropriation / financement par les acteurs de la solution...). Ainsi, chacun des leviers considérés devra-t-il in fine être évalué dans sa capacité à maîtriser les impacts des ICU mais aussi au regard d’autres critères (qualité d’usage, coût, bénéfice cumulé…) qui maximisent son utilité et son intégration dans l’objectif général d’une ville plus intense par rapport à l’occupation du sol, plus durable dans sa consommation de ressources, et plus agréable à vivre pour ses habitants. La mesure de ces impacts cumulés pourra faire l'objet d'hypothèses de conception mais pourra aussi être vérifiée sur le terrain à la suite de la conduite d'opérations de renouvellement qui auront pris en compte cet enjeu d'atténuation du phénomène des ICU dans leur choix d'aménagement.

Une mise à disposition des protocoles de collecte et d'analyse des données climatiques et urbaines

L'ensemble du dispositif de collecte (type de capteurs fixes et mobiles, méthodologie de collecte et mesure, choix des facteurs d'analyse statistique des ICU...) et ses résultats seront partagés par la rédaction d'un protocole qui sera un des volets de la publication des Portraits Climatiques et mis à disposition pour d'autres territoires qui souhaiteraient s'engager dans une démarche similaire de mesures et d'évaluation de la contribution des opérations d'aménagement au rafraîchissement urbain. La démarche privilégiera l'utilisation et la valorisation de données en open source ou libre d'accès (comme la BD topo de l’aseIGN, ou des outils de type Geoclimate (Riley, 2020) pour appliquer la typologie LCZ etc.) facilitant la reproductibilité de la démarche.

4.Synthèse du projet de Commun :

Expérience du porteur de projet dans le domaine : description de la communauté de contributeurs

Un projet capitalisant sur les recherches, dispositifs et données existantes en matière d'ICU de trois laboratoires français

Les équipes scientifiques de ce projet de commun, les laboratoires LETG-Rennes, UMR-Espace Nice ainsi que le Centre de Recherches de Climatologie, Biogéosciences, Dijon travaillent à partir de statistiques, analyse spatiale et modélisation numérique du climat pour aborder les enjeux climatiques locaux et urbains. Les laboratoires LETG-Rennes et CRC-Biogéosciences font partie du SNO-OBSERVIL porté par le CNRS-INU, et le laboratoire LETG-Rennes fait aussi partie d’un projet COST Européen. A Rennes, le réseau de l'ICU est intégré dans les dispositifs Zone Atelier et DIPEE du CNRS-INEE.

Ainsi, le projet de commun entend-il poursuivre les travaux de recherche concernant les îlots de chaleur urbains en explorant le potentiel de collecte et analyse statistique de données réelles plutôt que de modélisation a priori comme le modèle de TEB propose. Pour cela, le projet de commun permettra de compléter l'appareillage de mesures des ICU aux échelles urbaines et intra-urbaines mais aussi d'engager un dispositif de collecte et d'analyse commun entre les trois agglomérations.

LETG-Rennes est le site rennais de l'Unité mixte de Recherches n°6554. Le laboratoire est spécialisé sur les études par télédétection de l'environnement et notamment des changements climatiques. Dans ce cadre, Vincent Dubreuil gère le réseau de suivi de l'îlot de chaleur urbain sur la métropole rennaise depuis 2003. Un travail de recherche consacré à cet enjeu a déjà été conduit au sein du laboratoire sur le bilan de plusieurs années d'observation des ICU (Dubreuil et al., 2020), ces études étant conduites à l'échelle de l'agglomération mais aussi des quartiers (Foissard, 2019).

L'UMR-Espace Nice et plus particulièrement Nicolas Martin, travaille sur l’amélioration de la résolution spatiale des sorties de modèles climatiques (ARPEGE Climat et ALADIN Climat, Martin, 2013) par downscaling statistique. Les relevés mobiles faits à différentes périodes sur l’agglomération niçoise révèlent à quel point le climat urbain de la ville de Nice est conditionné par les mécanismes topoclimatiques, liés à la ville, mais aussi au relief et au contact terre-mer (Martin, 2018). Le régime de brises thermiques contrôle les variables climatiques et influence donc fortement la vie des citadins niçois, en dessinant des contrastes climatiques spatiaux à l’intérieur de la ville (Carrega, 1994, 2017).

Enfin, le Centre de Recherches de Climatologie (CRC-Biogéosciences-Dijon) auquel Yves Richard se rattache, travaille sur la détection, l’attribution et la prévision du signal climatique et de ses impacts dans l’actuel et le futur. Ses activités sont centrées autour de la régionalisation du climat observé et simulé. La mise en place de l’observatoire MUSTARD permet de suivre la mesure des îlots de chaleur urbains à l’échelle de l’agglomération dijonnaise (Richard et al., 2017 ; 2018 ; 2021). Dans le cadre de ce projet, le complément des mesures fixes ou mobiles existant dans chacune de ces agglomérations permet alors de confronter la pertinence de la typologie LCZ par rapport au contexte climatique local. Ceci amènera à la formulation de principes urbains, paysagers et architecturaux plus riches car à la fois ancrés dans le général (les LCZ) et le particulier.

Une agence d’architecture, urbanisme et paysage comme porteur de projet pour traduire les enjeux des ICU dans le langage de l'aménagement urbain

L'agence Arte Charpentier Architectes mettra à disposition ses expertises de conception urbaine pour apporter une lecture spatiale, urbaine et paysagère aux sites de projet envisagés. L'agence a déjà développé une sensibilité aux enjeux de résilience dans les projets urbains, particulièrement concernant la gestion du risque inondation, à la fois en France mais aussi à l’étranger. De plus, Arte Charpentier Architectes a acquis une forte expertise dans la conception et la réalisation de projets de commerce et bureaux mais aussi dans la réhabilitation et le renouvellement des zones commerciales ou des zones péri-urbaines qui pourra être mise à profit dans le choix et les principes de renouvellement des zones d’activités et commerciales. L’approche transverse de l'agence des enjeux de conception et d’aménagement urbains sera alors complémentaire avec celle des laboratoires, et participera à enrichir les possibilités de synergie entre d'une part, les intérêts des collectivités, mais aussi d’autres acteurs comme les promoteurs, les sociétés d’aménagement ou encore les particuliers, et, d'autre part, le projet de recherche. L’agence Arte Charpentier Architectes couvrira presque l’intégralité des frais de recherche dans ses expertises clés (architecture, urbanisme, paysage), particulièrement mobilisées dans la Phase III et IV du projet. De manière générale sur l’ensemble du projet, l’agence sera responsable de la coordination générale du projet et des contributions des partenaires.

Informations liées au Commun et au problème identifié

La publication "Portraits Climatiques" restituera deux aspects importants du commun :

Un dispositif de collecte et d’analyse de données localisé, reproductible et continu permettant aux collectivités de disposer d'un cadre d'évaluation des opérations de rafraîchissement urbain

Capitalisant sur les démarches passées comme le projet Mapuce mais aussi sur la constitution d’un réseau de collecte et d’analyse déjà bien constitué et opérationnel à Rennes et Dijon, ce projet permettra de compléter ces réseaux de collecte et d'en initier un à Nice. Un cadre méthodologique commun aux trois agglomérations pour la mesure des ICU sera également défini. Si les ICU sont très largement documentés dans la littérature scientifique depuis plusieurs décennies et le nombre d’études par an ne cesse de croître, plus de 300 en 2015 par exemple (Masson, 2020), il n’est pas aisé de les appréhender au cas par cas, chaque site urbain étant une combinaison unique de facteurs topographiques et morphologiques. Or, à la différence du projet Mapuce, ce dispositif d’analyse prend en compte la situation du climat local, permettant de fait d’adapter les leviers de l’aménagement urbain d’atténuation des ICU au contexte urbain particulier. La constitution d’un réseau de capteurs fixes et mobiles permet aussi d’aborder les enjeux des différentes échelles du développement urbain, et donc travailler différentes manières d’articuler urbanisme, rafraîchissement urbain et prise en compte des contraintes et atouts du climat local. Enfin, ce dispositif, par son homogénéité et sa pérennité, permet de suivre et d’évaluer des opérations d’aménagement conduites par la collectivité sur son territoire. Du fait de la temporalité du projet, les analyses fines à l'échelle des quartiers seront basées plutôt sur les saisons printanières et estivales pour cibler la question du réchauffement urbain. Il serait pertinent de compléter et ajuster ces analyses et ces principes urbains, paysagers et architecturaux à l'aune de mesures complémentaires effectuées en saison hivernale, pour intégrer la question du confort en ville aux quatre saisons.

Une traduction de l’enjeu des ICU dans le langage de l’aménagement et du renouvellement urbain

Le lien entre ICU et urbanisme s’explicitera dans la publication du Portraits Climatiques. Cette publication restituera en effet les ponts entre les facteurs contribuant à l’intensité des ICU dans les quartiers de la classe LCZ 8 et les principes urbains, paysagers et architecturaux combinant principes de rafraîchissement et renouvellement urbain de les zones d’activités et économiques.

D'une quarantaine de pages environ, cette publication comprendra :

  • le protocole détaillé de recherche déployé pour ce projet,
  • la spécificité des ICU de chaque agglomération, en dégageant les traits communs et divergents en fonction de l’espace considéré et des spécificités du climat local,
  • sur les trois sites identifiés, le résultat des analyses des ICU sur chacun des facteurs qui sont aussi de potentiels leviers pour l’aménagement urbain,
  • des principes urbains, paysagers et architecturaux communs mais aussi différenciés pour chaque site organisés dans une logique boîte à outils et répertoriés en principes socles, climatiques et contextuels (cf description de la phase III du projet de Commun ci-dessous).

En ouverture, quelques éclairages seront apportés concernant les enjeux du changement climatique. Celui-ci ayant des effets très contrastés entre ces trois agglomérations, sa prise en compte au moment de la conduite du projet d’appel à commun mènerait à des scenarii d’évolution des ICU et de conception urbaine très différents. En revanche, certains enjeux seront pointés, qui pourront faire par la suite l’objet d’études complémentaires.

Description des actions, livrables et planning associé en proposant des points de passage

Le projet commencera le 1 octobre 2021, pour bénéficier du calendrier universitaire permettant aux étudiants de M2 qui seront investis dans cette étude de la suivre jusqu’au bout et de participer à la restitution dans le cadre de leurs travaux de fin d’études en septembre 2022.

Phase I - octobre-décembre 2021 : Analyse des ICU à l'échelle des trois agglomérations et pré-sélection des sites pour l'analyse

Le projet s’ouvrira sur une réunion de lancement avec les collectivités par l’équipe projet pour présenter la démarche et les intentions du projet, et les sensibiliser sur le type de sites qui seront visés par l’analyse. La classe LCZ 8 est retenue a priori dans le cadre de cette étude, et répond en termes de morphologie urbaine aux zones économiques et commerciales. La première étape du projet sera consacrée à l’identification de secteurs pertinents du point de vue urbain et de l’enjeu des ICU dans chaque agglomération (Rennes, Dijon et Nice) qui serviront de cas d’étude pour une potentielle opération de renouvellement urbain à la suite de ce projet de commun. Le temps estimé à 3 mois correspond aux travaux suivants :

  • Établir et conduire un protocole de mesures comparables des ICU entre les trois agglomérations (recrutement d’un IE dans les laboratoires de LETG-Rennes et CRC-Biogéosciences, mobilisation des ressources existantes dans le cas du laboratoire UMR Espace-Nice);
  • Initier un réseau de capteurs fixes de l’agglomération de Nice (a minima un capteur par classe LCZ) et d’adosser aux réseaux de Dijon et Rennes quelques stations sur le site retenu pour assurer une homogénéité dans les données collectées et identifier les caractéristiques thermiques du site en l’état actuel (LCZ8), lors des travaux et après réalisation du projet. Étant donné le temps nécessaire pour constituer le réseau et effectuer les premiers relevés, des premières hypothèses de sites pertinents pour les cas d’études seront effectuées dans l’agglomération de Nice, basées sur l’étude d’images satellite et de classification LCZ. Ces études seront complétées a posteriori par les relevés d’ICU effectués par les capteurs fixes.
  • A partir de ces relevés mais aussi d’analyses urbaines conduites par l’agence Arte Charpentier Architectes, certains quartiers seront pré-sélectionnés au sein de la classe LCZ 8, car pertinents pour l’étude et comparables entre les agglomérations.
  • En parallèle, une description du climat local des trois villes (topographie, ensoleillement, vent…) sera conduite, sur les mêmes descripteurs, pour évaluer l’influence du climat local dans les mesures des ICU : la fréquence des situations radiatives favorables a-priori à la formation de l'ICU sera quantifiée par saison.

Phase II - janvier-mars 2022 : Concertation avec les collectivités pour sélectionner trois sites propices à des opérations de renouvellement urbain

Un temps de concertation avec les trois collectivités et les porteurs de projets, ainsi que les éventuels services à associer, sera conduit au premier trimestre 2022 à partir des différents sites qui auront été pré-sélectionnés. Ce temps est fondamental pour garantir la traduction scientifique et technique des ICU dans un langage à même de mobiliser les acteurs de l’urbanisme et de l’aménagement urbain. Autrement dit, cette phase sera consacrée à croiser le résultat des ICU et des sites choisis dans le corpus de la classe LCZ 8 avec les enjeux et ambitions des collectivités en termes de renouvellement urbain :

  • détermination du dimensionnement du site,
  • collecte des données et intentions disponibles,
  • amorce d'analyses urbaines, paysagères, architecturales quantitatives et qualitatives.

In fine, le projet vise bien à déterminer un langage commun (morphologie, végétalisation, implantation, usages, connectivité…) entre les leviers de l’aménagement urbain et ceux qui permettent d’atténuer les effets des ICU dans les tissus urbains constitués et qui feront l’objet des études statistiques fines de la troisième étape.

Phase III - mars-août 2022 : Conduite d’un diagnostic préalable à l'identification des principes urbains, paysagers et architecturaux

En mars 2022 commencera la campagne de collectes de données mobiles aux échelles des projets de renouvellement identifiés. Cette campagne durera 6 mois entre mars 2022 et août 2022, à la fois pour capter des données représentatives d'une période élargie de l'année, mais aussi pour tester et évaluer l'influence de différents facteurs sur les ICU sur les sites retenus, à savoir :

  • la végétalisation;
  • la morphologie (densité, orientation, hauteur des bâtiments, rapport entre les bâtiments);
  • les matériaux;
  • l’imperméabilisation des sols;
  • l’occupation du sol;
  • le Sky-View-Factor;
  • les usages et la fréquentation (dynamique temporelle);
  • la mobilité (voiture…);
  • le contexte climatique et topographique du site
  • et tout autre dimension qui semblera pertinente à prendre en compte dans l'analyse.

Cette campagne sera effectuée par des relevés mobiles et engagera la participation de stagiaires en Master 2.

Un travail itératif entre l'analyse des laboratoires et l'agence Arte Charpentier Architectes traduira en parallèle ces facteurs en leviers de l'aménagement urbain et commencera dès la réception des premières analyses issues des données collectées à partir de fin juin 2022. Des principes urbains, paysagers et architecturaux seront identifiés au cours de l'été, et répartis entre :

  • "principes socles" qui semblent applicables à l'ensemble des zones commerciales et économiques quelque soit le contexte considéré;
  • "principes climatiques" qui sont applicables au regard de certaines situations de climat local (vent, température, humidité...) et de topographie (dénivelé...);
  • autres "principes contextuels" qui sont les principes applicables à certains contextes urbains, politiques, ou sociaux au regard par exemple d'habitude de vie ou d'ambition politique du projet de renouvellement considéré.

Ces principes généraux urbains, paysagers et architecturaux serviront alors de feuilles de route aux collectivités pour les éventuels projets de renouvellement urbain qui suivront cet appel à commun. Ces pistes de conception seront éclairées à l’aune des questions suivantes :

  • A qui la solution s’adresse t elle (ville, entreprise, individu…) ?
  • Quels sont les avantages et inconvénients de la solution (avantage économique, social, durabilité, disponibilité locale...) ?
  • Est-ce une solution transversale ou spécifique, autrement dit, une solution qui répond à un problème ou qui permet de répondre à plusieurs enjeux d’amélioration du confort de vie en ville ?
  • Dans quel contexte climatique est-elle pertinente ?
  • Est-elle dépendante d’autres facteurs pour être véritablement efficace ?

La forme concrète de ces principes (schémas, zooms techniques…) ou leur échelle sera déterminée au regard des cas d’étude qui auront été identifiés et des ambitions des collectivités concernées.

Phase IV - septembre 2022 : conduite de workshops de restitution et production de la publication Portraits Climatiques

Des workshops de restitution seront conduits à la fois auprès des collectivités, mais aussi des contributeurs et de la communauté associés au projet, pour partager les travaux et les résultats de la démarche effectués. La publication du Portraits Climatiques,, commune aux trois agglomérations, permettra de diffuser largement les apports méthodologiques de ce projet sous forme pédagogique, illustrée, adressée à un public large.

Taille de la communauté de contributeurs et d'utilisateurs impliquée

La communauté de contributeurs aujourd'hui comprend 3 laboratoires pour environ une vingtaine de personnes mobilisées, et une agence d'urbanisme pour environ une équipe d'une dizaine d'experts mobilisés à des degrés divers.

Les trois collectivités de Dijon, Rennes et Nice et leurs directions respectives ont été déjà sollicitées pour participer à ce projet de Commun par les trois laboratoires.

En amont du démarrage et le long du temps de projet, la communauté de contributeurs sollicitera d'autres contributeurs potentiels dans son réseau de partenaires existants, mais aussi dans le réseau Résilience, qui seraient intéressés par le projet. Ce renforcement de la communauté visera plus particulièrement l'objectif d'approfondir davantage les principes urbains, paysagers et architecturaux du Commun notamment sur les aspects techniques (choix des revêtements ou matériaux les plus pertinents etc.).

Les utilisateurs potentiels de ce Commun sont très hétérogènes et couvrent l'ensemble des acteurs de l'aménagement urbain mobilisés sur les sujets des ICUs, au sein des trois agglomérations mais potentiellement aussi au sein de toutes les agglomérations urbaines françaises.

Estimation du Rapport Coût / Impact du Commun dans le domaine de la résilience: le protocole de collecte de données et de mesures des ICU

Suivant ce projet de Commun, dans l'éventualité où les expérimentations urbaines concrètes ne seraient pas menées, plusieurs bénéfices du Commun restent accessibles :

  • Le dispositif robuste et homogène de collecte et d'analyse des données et des sites pourra éventuellement être reproduit dans d'autres opportunités de projet dans ces mêmes trois agglomérations, à moindre coût étant donné que les acquisitions nécessaires de matériels ainsi que le cadre méthodologique générale seront déjà établis;
  • Le cadre méthodologique et les dispositifs de collecte de mesures fixes et itinérantes seront mis à disposition de tous par la rédaction d'un protocole faisant état des méthodes et moyens utilisés, des sources de données mobilisées, en privilégiant quand cela est possible les données en open source ou accessibles à tous les territoires (par exemple, la base IGN pour l'identification des LCZ). Ce protocole, qui figurera en première partie du Portraits Climatiques, permettra à d'autres territoires de s'engager dans cette même démarche et de faire grossir ainsi progressivement la communauté de contributeurs autour de ce commun.

Ainsi, suivant les différentes expérimentations urbaines qui pourraient être menées par les territoires, les principes élaborés dans le cadre du Portraits Climatiques pourraient être testés et affinés dans une logique d'élaboration de standard de la prise en compte des ICU dans les opérations de renouvellement urbain.

Commun et Intérêt Général: l'apport du Commun dans le champ des enjeux stratégiques de l'aménagement urbain

Les principes urbains, architecturaux et paysagers pourront servir de base riche et documentée pour l'élaboration de cahier des charges détaillé d'opérations de renouvellement urbain de zones économiques et commerciales où les collectivités souhaitent être ambitieuses concernant la maîtrise des ICU. Les différents principes socles, climatiques et contextuels pourront jouer le rôle de boîte à outils mobilisable en fonction du contexte particulier du projet de renouvellement considéré.

De plus, la diffusion large de ce guide permettra un travail large de pédagogie et de vulgarisation concernant la prise en compte des ICU dans les opérations de renouvellement urbain et plus particulièrement dans l'enjeu clé du renouvellement des zones commerciales et économiques vieillissantes. Suivant ce projet de communs, ce guide pourrait servir de base à l'élaboration de standards applicables au renouvellement de ces zones, et compléter l'arsenal juridique déjà existant les concernant qui est évoqué dans la section suivante (auto-diagnostic).

Enfin, la mobilisation de certains acteurs pourrait être facilitée par la diffusion de ce guide, notamment le cas spécifique des promoteurs des zones commerciales. Ils sont en effet de plus en plus appelés à jouer le rôle d'aménageurs dans le renouvellement de zones qu'ils détiennent et gèrent. Or ces acteurs sont en réalité encore peu outillés dans les enjeux transverses de ces opérations (mixité des usages et des morphologies urbaines, prise en compte des enjeux climatiques...). Ce Portraits Climatiques pourra servir d'outil de dialogue entre les acteurs de l'aménagement concernant la prise en compte des sujets climatiques dans les opérations urbaines.

5.Autodiagnostic :

Définition de l'enjeu des îlots de chaleur urbains : le contexte scientifique général de l'étude des îlots de chaleur urbain

De nombreux projets de recherche ont été initiés par le laboratoire CNRM en partant de la méthodologie de modélisation TEB (Town Energy Balance), à l'échelle française et européenne :

  • Le projet Acclimat, mené sur l'agglomération toulousaine, modélise différents scenarii prospectifs de développement urbain et de leur effet sur le climat.
  • Les projets EPICEA (Lemonsu et al., 2013) et MUSCADE (Masson et al., 2014) sont concentrés sur l’agglomération parisienne : dans le cas du projet EPICEA (Ville de Paris, Météo-France et Centre Scientifique et Technique du Bâtiment), cette étude s’intéresse à un épisode climatique extrême – la canicule d’août 2003, la plus meurtrière en France (Pascal et al., 2018) – en tant qu’extrapolation d'un futur possible, puisqu’un tel phénomène pourrait concerner l’Europe de l’Ouest en moyenne un été sur deux d’ici 2070. Différents tests de sensibilité de trois leviers (coefficient d'albédo, végétalisation et humidification des sols) ont été envisagés dans leurs effets sur la canicule. Le projet MUSCADE prolonge cette démarche : des ensembles de leviers sont évalués dans leurs effets sur la consommation énergétique, le rafraîchissement, et les émissions de gaz à effet de serre.
  • Le projet européen Bridge Schröter et Lehnert (2014) a pour objectif de rapprocher les sciences bio-physiques et la planification urbaine, pour proposer des stratégies d’adaptation innovantes pour l’aménagement urbain.Il est focalisé sur les différentes composantes du métabolisme urbain (l’énergie, l’eau, le carbone, les polluants), et cherche à estimer quantitativement ces différents composants, leurs impacts (environnementaux et socio-économique) et les différentes manières dont on peut optimiser l’usage des ressources dans la fabrique urbaine (un outil d’aide à la décision) dans plusieurs villes européennes.
  • Enfin, le projet MApUCE (Masson et al., 2018) vise à intégrer dans les politiques urbaines et juridiques des données quantitatives de micro-climat urbain, énergie, climat pour toutes les communes de France. Il constitue ainsi une base de données urbaines et architecturales qui peut être étendue sur toutes les villes de France, jusqu’à l’échelle des quartiers via la typologie des LCZ. Ces projets réalisés à l'échelle d'agglomération visent principalement à réduire la consommation énergétique et la réduction des émissions de GES.

En relais de ces projets, le besoin se fait de plus en plus sentir aujourd’hui d’avoir des protocoles de recherche basées sur des mesures réelles.

Le potentiel de renouvellement des zones commerciales et économiques

Les zones économiques et commerciales posent des enjeux forts à la fois en termes de renouvellement urbain et d'ICU pour l'ensemble du territoire français :

  • Le surdimensionnement des places de stationnement et la faible élévation du bâti résultent dans une faible intensité urbaine de ces espaces en termes de densité d'emploi ou d'usages par rapport à leur emprise au sol mais aussi en un taux d'artificialisation très élevé, vecteur potentiel d'ICU. A titre d’exemple, l’Agence d'urbanisme de Caen Normandie Métropole (AUCAME) a mené une étude d’observation du foncier sur un échantillon de 18 centres commerciaux sur les 835 centres commerciaux français. Les résultats indiquent des surfaces de parkings équivalentes aux surfaces bâties, de l’ordre d’un quart pour chaque entité par rapport aux emprises foncières identifiées,
  • De nombreuses zones commerciales et économiques proviennent de la vague de constructions des années 1970-1980: par exemple, 40 % des centres commerciaux actuels d'Ile-de-France ont été construits à cette époque. Cette période de construction rapide est marquée par l'utilisation de matériaux souvent peu qualitatifs et non pérennes, et des structures dimensionnées pour porter simplement des toitures légères ce qui pose un défi pour l’utilisation des toitures pour de la surélévation ou de la toiture végétalisée dans le cadre d'opérations de renouvellement. Ce stock de zones pose alors des enjeux spécifiques de renouvellement urbain.
  • Enfin, selon les données du conseil national des centres commerciaux (CNCC - 2018), 80% des centres commerciaux se situent dans le tissu péri-urbain. Leur renouvellement participe alors à repenser les "coutures urbaines" des agglomérations, à la fois en termes de morphologie urbaine, de mixité d'usages mais aussi d'accessibilité. En cela, penser aussi l'accès à ces zones dans l'objectif d'un report modal vers les transports en commun ou les modes doux est un des outils à explorer dans le cadre du rafraîchissement de ces espaces: ceci permettrait en effet de libérer des sols autrefois occupés par les parkings, et de ralentir l'utilisation de l'automobile pour ces déplacements.

Un horizon législatif favorable à un réaménagement des zones commerciales et économiques

Or, le système législatif français prend de plus en plus la mesure des enjeux de renouvellement urbain et d'artificialisation des sols, créant de nouvelles opportunités de projets pour les collectivités. Ces différentes lois servent de toiles de fond et de leviers réglementaires pour ce projet de Commun :

  • La loi ALUR (2014) appelle à une plus grande intensité urbaine dans les espaces péri-urbains: «...Ces conditions privilégient la consommation économe de l'espace, notamment en entrée de ville, par la compacité des formes bâties, l'utilisation prioritaire des surfaces commerciales vacantes et l'optimisation des surfaces dédiées au stationnement ». Elle engage aussi la réglementation de la place laissée au sol pour l'automobile: l'emprise au sol des parkings doit être limitée à « un plafond correspondant aux trois quarts de la surface de plancher des bâtiments affectés au commerce  » (article 129-V-2).
  • Le projet de loi Climat appelle à une réglementation beaucoup plus stricte des espaces commerciaux. Ce projet de Loi « Climat et Résilience » concrétise une partie des propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Le projet définit à l’article 48 la notion d’artificialisation des sols et crée un objectif de réduction par deux la consommation d’espaces naturels sur les dix prochaines années (par rapport à la décennie précédente). L’article 52 pose le principe d’interdiction de création de nouvelles surfaces commerciales de plus de 10 000 m², qui entraîneraient une artificialisation des sols, et l’encadrement des constructions commerciales de plus de 3000 m² qui seront examinées directement par la commission nationale des centres commerciaux (CNCC). Des principes de mesures conditionnelles de l’obtention d’autorisation d’exploitation lors de la création de plus de 3000 m² de surface commerciale sont proposées avec par exemple «l’insertion du projet dans une opération d’aménagement au sein d’un espace déjà urbanisé, afin de favoriser notamment la mixité fonctionnelle du secteur concerné » et/ou « la compensation par la transformation d’un sol artificialisé en sol non artificialisé  ». Enfin, l'article 52 bis du projet de loi Climat appelle la végétalisation des places de stationnement : « Dans les dix années suivant la promulgation de la présente loi, est fixé l’objectif de réduire de 50 % l’emprise au sol des constructions de parking par rapport à la décennie précédente. (…) L’ensemble des parkings devront être végétalisés d’ici 2025».

Le Commun fera donc le trait d'union entre d'une part la compréhension de l'enjeu des ICU et les leviers possibles de l'aménagement pour le rafraîchissement urbain, et d'autre part une réponse possible au besoin des collectivités de renouvellement des zones d'activité et commerciales.

L'ancrage territorial du projet de Communs

L'association par la concertation des trois collectivités partenaires de Dijon, Rennes et Nice, et de leurs services voire de leurs agences d'urbanisme fera grandir cette communauté de contributeurs mobilisés autour du projet.

En amont de ce projet, les collectivités et l'agence d'urbanisme de Rennes ont été déjà chacune mobilisées sur ce projet de Commun directement par les laboratoires. Elles seront directement associées à la démarche si ce projet de Commun se met en œuvre.

L'ouverture vers une communauté de contributeurs élargie

La communauté de contributeurs est habilitée à recevoir des financements.

Ce projet de Commun reste néanmoins ouvert à la possibilité d'intégrer d'autres contributeurs intéressés et pertinents à la communauté, et restera attentif aux mutualisations avec d'autres projets de communs:

  • Certains aspects techniques pourraient en effet fortement bénéficier des apports d'expertises extérieures, par exemple, dans l'identification des matériaux et des revêtements et l'explicitation de leur contribution à la réduction du phénomène des ICU. La communauté de contributeurs contactera ses partenaires pour identifier d’éventuels acteurs qui seraient intéressés pour participer au projet de Commun.
  • Une piste de mutualisation se dessine notamment avec le projet de Guide de « la rue commune » dans sa composante de réflexion autour de la "rue rafraîchissante".


Liste des CR d'atelier en lien avec ce Commun Portraits climatiques: aucun pour le moment